Tomber de scène ou bien tomber sourde du jour au lendemain, c’est tout autre chose. La transformation est là criarde : le processus et le résultat sont simultanés et flagrants.

 

Là aussi, il est difficile de mettre des mots sur l’accident, ou de le mettre en mot : on se tait abasourdi de rage ou d’impuissance. On ne pourra plus jamais marcher, plus jamais entendre. Imagine-t- on une danseuse qui ne marche pas, qui n’entend pas ? Eh bien, oui, on peut l’imaginer. Il faut l’imaginer à tout prix.

 

Je voudrais concevoir une pièce qui explore chorégraphiquement la dynamique des transformations silencieuses. Plus exactement, qui explorent la conception chinoise des transformations silencieuses telle que la présente Jullien, conception qui résonne avec le projet d’une partie de la recherche de la danse contemporaine. On conçoit traditionnellement le mouvement comme le déplacement d’un corps, et de ses parties, dans un espace.

 

Dans la danse contemporaine, dans la recherche que je poursuis et que je veux approfondir ici, le mouvement est un processus dynamique qui se déploie dans le temps. Il se déploie dans le corps du danseur avant de se manifester comme un déplacement dans l’espace. Le danseur est tout autant le lieu du mouvement que son acteur.

 

 

Kilina Crémona – Août 2012.

"Lorsqu'on affronte avec courage ce qui vous laisse diminué physiquement et que l'on refuse de se laisser abattre, on sort de l'affrontement bancal, blessé dans sa chair et métamorphosé dans sa vie, car le combat tenace et résolu transforme celui qui lutte et lui donne une ampleur d'être qu'il n'avait pas avant la maladie ou le handicap. La maladie ou le handicap peut-être le vainqueur de la chair mais le lutteur est le vainqueur de l'esprit."

Extraits des notes d'intention de Kilina Crémona & d'Alain Goudard.